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Le pastoralisme : recherches, archives, images


Pastoral

“Petit-fils et fils de berger, je m’intéresse à ce monde
qui ne sera pas le mien.
L’outil photographique me permet de m’inclure
dans l’univers de ces hommes.
Chacun dans son immanence, eux gardent des moutons,
moi des instants.
Chaque jour, je recrée ce monde dont je suis issu…”

 
 
 
 
 
 
 
 
L’Odyssée Pastorale

PASTORAL0002.jpg (1954 octets)Un des plus forts souvenirs qui me restent de mon grand-père, c’est un dialogue au sujet de mon avenir, encore peu fiable, de photographe. Je pensais non sans préjugés qu’il serait réfractaire à ma passion naissante pour la photographie. Lui qu’on avait envoyé garder les troupeaux communaux dès l’âge de 6 ans ! Comment pourrait-il digérer que son petit fils de 22 ans " se cherche encore " ?


PASTORAL0004.jpg (1890 octets)Ce jour-là il me dit en substance : " Si tu as trouvé ta passion, il n’y a plus qu’une chose à faire, c’est t’y mettre à fond ! ". Ce fut pour moi une formidable surprise, une bénédiction inattendue. J’avais découvert une vocation qui liait mes propres racines et ma passion pour la photographie. L’aval inespéré de mon grand-père me donnait l’élan suprême.

Mes lectures furent profitables, je me rappelais Raymond Depardon qui regretta toujours de ne pas avoir suffisamment photographié sa ferme natale et ses parents, Edward Curtis qui passa trente ans de sa vie à courir les plaines de l’Ouest américain à la rencontre des dernières nations indiennes.

PASTORAL0006.jpg (1858 octets)Pourquoi ne pas bâtir un projet photographique de longue haleine à partir de toutes ces réflexions. Pourquoi ne pas partir à la rencontre d‘une autre nation, moins inconnue pour moi, celle des bergers d’Europe ?

J’ai donc commencé par ma famille, mon proche voisinage, puis celui lointain des régions d’Europe.

L’idée de cette " Odyssée pastorale " fait encore son chemin…

Historique de la transhumance

PASTORAL0009.jpg (1983 octets)Depuis la nuit des temps l’homme a appris à suivre les troupeaux d’animaux sauvages.
Il organisa sa chasse et sa survie en fonction de leur parcours. Hommes et bêtes fuyaient la chaleur et la sécheresse en se réfugiant dans les herbages de montagne en été. En hiver ils redescendaient vers les plaines pour se préserver du froid et de la neige.

Plus tard aux confins de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie, il y a 9000 ans une relation s’instaure pour la première fois entre l’homme, l’animal et la pente. L’élevage est inventé et cette migration périodique des animaux et des hommes prendra le nom de transhumance.
Dès lors ce n’est plus le troupeau qui entraîne l’homme sur sa route, mais l’homme qui conduit le bétail.

Trois mille ans plus tard, moutons et pasteurs colonisent les reliefs montagneux du pourtour méditerrannéen. Des millions de moutons sont gardés et conduits sur
l’ensemble du monde occidental et oriental. Depuis, les bergers prélèvent le lait avec lequel il font du fromage, élèvent les agneaux pour leur viande, coupent et tissent la laine avec laquelle ils font un peu de négoce.

Au début de ce siècle le monde rural représentait 95 % de la population dans la plupart des pays d’Europe. A l’heure actuelle la tendance s’est inversée. Face à l’urbanisation croissante et au développement de l’agriculture intensive, bergers et transhumance cèdent la place aux autoroutes et aux clôturages.

Il faut que la société contemporaine prenne conscience de ce qu’elle risque de perdre, qu’elle comprenne aussi la nécessité des transhumances pour la gestion des biotopes et l’empêchement des feux de forêts.

PASTORAL0008.jpg (1930 octets)Grandes Transhumances Ovines, une pratique Méditerranéenne (Carte)

 

Urgence de réalisation du projet

PASTORAL0011.jpg (1911 octets)Le pâturage extensif des troupeaux entretient des centaines de millions d’hectares.
Les moutons mangent l’herbe et améliore la repousse. Aucune pratique n’est susceptible d’entretenir à si faible coût d‘aussi grandes étendues et une aussi grande biodiversité : L’avenir de nombreux paysages, de nombreuses espèces, de nombreux biotopes, passe par une réflexion sur le maintien et le re-développement de la transhumance ovine.

Bergers et transhumance ont cheminé à travers les plaines et les montagnes et leur passage ont toujours facilité les échanges culturels et marchands. Ils ont contribué au dessin de nos routes actuelles. Ils sont liés à un savoir pastoral qui tend à disparaître.
Les nouveaux moyens de communication (autoroutes, téléphone, 4X4…) ont modifié les relations entre le berger et son environnement.

Informer les générations futures sur l’existence de ces piliers de notre monde rural est une étape importante de ce projet.

Mon projet à pour dessein de faire connaître la vie des bergers.
Pour cela il faut :
Rencontrer un grand nombre de bergers en Europe, et à plus long terme
au delà des frontières de la Communauté Economique Européenne.
Partager leur quotidien et les accompagner durant les transhumances
(voir carte et historique).
Répertorier les zones et les divers modes d‘activités pastorales et de transhumances.
Réaliser un travail photographique et sonore qui permette de restituer la mémoire
et l’esprit de ces pasteurs encore nomades.
Tenter de comprendre le fonctionnement de leur activité.
Réaliser une exposition itinérante (photographique et sonore) pour les écoles les
universitées, les musées…

Paroles et images de bergers

Le berger contemporain a du mal à trouver sa place dans le quotidien et les normes de notre société. On gare néanmoins sa voiture pour laisser passer son troupeau et les randonneurs engagent volontiers une conversation avec lui au détour d‘un regard et d‘un chemin croisé. Une fois chiens et moutons passés en revue, nos promeneurs quittent en général les Alpages, emplis d‘une complicité ravie. Chacun s‘en retourne dans son monde avec son image de l’autre. Ainsi chacun a vu, croisé, ou parlé avec un berger.

Les témoignages dans ce sens abondent,mais qu’en est-il si on inverse la tendance, quel regard porte le berger sur son environnement et sur la société qui le projette et l’utilise comme symbole ?

Je vous livre ici quelques paroles et images de bergers.

Monologue de bergers

“ Le matin je ne dis pas, le cours de la bourse a chuté de dix points, je dis :
un chamois, deux chamois, trois chamois…”

“ Ce que je dis c’est vrai comme la pierre. ”

“ La montagne revendique ses droits, deux jours avant la date prévue elle a su nous mettre
à la porte, comme si elle en avait marre que les bêtes lui tirent son herbe,
elle s’est couverte de neige et s’est mise à l’abri de tout ça. ”

“ Pendant les nuit de transhumance, je dormais debout, le troupeau marchait devant et moi
je voyais des hommes. ”

“ Combien de moutons ?
demande à mon chien ! ”

“ Si on écoutait Bruxelles à la lettre on ferait tous du Babybel ”

“ Si le troupeau va mal, le berger et la famille en souffrent, et si la famille va mal,
c’est le troupeau qui en souffre ça fait un ensemble. ”

“ Nous sommes les concierges de la montagne ”

“ Gardez vous du mal, et à une prochaine fois. ”

“ Les bergers donnaient des nouvelles d’en bas à ceux d’en haut. ”

“ Les loups, les gens de la ville en rêvent et c’est les bergers qui ne dorment plus. ”

Roumanie,
Carpates méridionales, octobre 97 et mai 98

PASTORAL0015.jpg (1710 octets)Ion, le berger Roumain

En 1986 Ion fut surpris par la nuit et la patte d’un ours. Celle-ci lui entailla sévèrement l’épaule et le bras. La peur lui donna des ailes pour se dégager rapidement de l’étreinte du prédateur.

C’est avec un sourire amusé que Ion raconte cette histoire, comme s’il avait joué une farce au destin. De fait, le souci d’immortaliser son récit par le son et la photographie est devenue pour moi la suite logique de nos rencontres.

Cette échappée-belle et cette belle cicatrice qu’il offre au photographe est une façon de faire face à l’adversité qui tenaille sa famille depuis plusieurs années (son fils est en prison pour avoir porté un coup de couteau meurtrier à un autre berger). Une façon de dire qu’il n’y a pas de malédiction, simplement des problèmes à résoudre au quotidien, de saison en saison.

A chacune de nos retrouvailles Ion me demandera d’effectuer des prises de son pour que son fils prisonnier écoute de sa geôle la musique de son troupeau qui l’appelle et se languit de lui. Le son de leurs cloches, le bruissement de leurs pas dans la forêt, toutes ces ambiances sonores synonymes de liberté et d’évasion nourrissent désormais son imaginaire et ses songes.

Maroc,
Haut Atlas, septembre 1998

PASTORAL0017.jpg (1713 octets)Mohamed, berger du Maroc

Juste avant mon retour en France, mon ami El Ouesa m’avait dit : “Avant de partir nous irons dire bonjour à mon berger”. Je fis trois fois le tour de mes bagages pour ne pas avoir à me mordre les lèvres une fois la vallée derrière moi. L‘esprit encore encombré d’objets à récupérer, je suivis mon ami, jeune chef de tribu et de village, jusqu’à la porte de Mohamed.

Mohamed a été acheté par son grand-père il y a longtemps sur le marché aux esclaves de Ouarzazate, il est maintenant affranchi et grand-père de tous les enfants de la tribu. Cette phrase balaya toutes les contingences matérielles de mon départ. Je quittais la vallée espérant oublier un maximum de choses pour revenir le plus tôt possible, retrouver Mohamed et les récits de sa longue vie de berger marocain.

Portugal,
voyage en moto, septembre 95

PASTORAL0019.jpg (1899 octets)PASTORAL0020.jpg (1762 octets)Un homme planté à côté d’autres arbres. C’est ce que j’avais pu voir à travers la visière de mon casque. Il semblait déjà important de faire une image, vite, sans désir de prendre le temps. Dès mes premiers pas vers son abri je pressentais un homme sur le départ. Seuls les chênes-lièges attestaient par leur présence le fait que nous n’étions pas en Afrique noire. Son troupeau, cavalcade de chêvres noires, déambulait à bonne allure dans cette savane portugaise. Le soleil de midi tapait comme un démon et écrasait le peu de relief.

Ma première approche fut sa première esquive, j’était prévenu. Cet homme au chapeau noir et à la chemise blanche semblait sortir d’une autre époque, d’un film de Chaplin ou Copolla. Pressentait-il déjà mon désir flagrant de capturer ses attitudes, ses gestes, son visage ?

Je lui expliquais, photos et schémas à l’appui, mon projet de le photographier lui et ses collègues du sud de la méditerannée et de l’Europe en général. Ses regards furent aussi circonspects que ceux de son chien. Rien de vraiement nécessaire ne justifiait ma
présence. Notre conversation se résuma alors à de longues respirations, de longs souffles. De ce malaise mutuel ne pouvait naître aucune envie de faire un portrait. J’opérais donc de façon indirecte, de sorte que mon objectif ne croisât jamais son regard.

Mes seuls véritables interlocuteurs étaient une ombre, un chien, un bâton. La solitude du lieu commençait à se ressentir dans le silence de nos respirations. Le vide à combler était immense. Son désir de partir était flagrant. Désarmé je le sentais fuir et échapper de mon cadre. Moi qui aurais aimé rester avec lui quelques jours. J’osais maintenant à peine le regarder, de peur de gâcher les quelques secondes que l’on égrainait encore ensemble. Il pensait si fort que j’aurais pu l’entendre décider de partir. Ce qu’il fit, me laissant là, planté comme un arbre.

Il y avait quelqu’un de trop dans le paysage…

L’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud a offert pendant des millénaires des pâturages immenses aux pasteurs de l’ethnie “ San ”. Les troupeaux voyageaient au grè des saisons dans des espaces infinis.
Quelques siécles plus tard les colons ont organisé l’élevage. Les clotures de barbelés délimitent les territoires et la propriété de chacun. Des domaines immenses partagent le pays ou paturent au total huit millions de moutons ! Les sud africains ont développé la production de laine mérinos, une activité qui représente environs vingt cinq mille emplois. Rien que pour la tonte, des firmes comme la BKB emploie deux mille deux cent tondeurs !

C’est au cours du championnat du monde de tonte qui s’est tenu en Afrique du sud en avril 2000 à Bloem Fontein dans le conté d’Orange que j’ai pu prendre les premiers contacts avec des éleveurs et des tondeurs venus de toutes les régions de ce pays. Cette profession est un des derniers métiers très physiques de l’agriculture moderne. J’ai pu ainsi verifier, comme bon nombre de tondeurs français qui participaient au concours, le dur labeur accompli par les tondeurs salariés des grandes firmes lainières.
Nous avons pu mesurer le paradoxe qui existe entre une activité très déclinante France et en Europe et ce pays qui a importé le moutons Mérinos, originaire du sud de la France et d’Espagne, pour créer le fer de lance de son économie rurale.

A travers des enregistrements sonores et des prises de vues photographiques j’ai voulu saisir le regard des éleveurs français sur les acteurs de la vie rurale sud africaine. Qu’ils soient grands propriétaires terriens ou ouvriers tacherons. J’ai pu constater leur surprise et leur étonnement face a des cultures et des comportements qui n’ont rien à voir avec celle de l’hémisphère nord.

Ce “ repèrage ” de quinze jours m’aura permis de m’immerger complétement dans le quotidien de ces hommes qui constituent le monde rural africain. J’ai réaliser un premier pas en constituant un résau qui peut désormais me permettre de rentrer plus en
profondeur dans le tissu social et racial de l’afrique du sud. Un séjour de plusieurs mois me permettrait d’aller plus loin dans les images et les rencontres que l’on peut faire dans ce territoire rural encore énigmatique pour les Européens.

Mes premiers contacts avec l’institut Français de Johannesburg ou la direction de la Woolboard sud africaine m’encourage à mutltiplier les démarches pour regrouper un maximum d’institutions capables de supporter un projet éditorial.

Lionel Roux

75 rue Augustin Tardieu 13200 ARLES - France

mobil - 06 13 80 26 98
tél - 04 90 49 52 08
fax - 04 90 98 48 75
Email - nelroux@netcourrier.com

Né à Arles en 1970

1989  B.T.S. Communication
1990  Formation technicien Audiovisuel
(C.A.D.A.S.E.) Toulon et Télé Toulouse

1993  Stage de techniques Photographiques
Atelier St Cyprien de Toulouse.

Tirage Noir & Blanc avec Yvon le Marlec
Reportage avec Martine Voyeux (agence Métis)
Studio avec Francis Bacon

94/95  Commence à travailler en noir et blanc avec famille
et voisinage sur le thème du berger.
Assistant photographe à l’agence Magnum Paris.
Photographie “les moutons” pour les éditions Rustiqua.

96/97  Elargit son champ d’action à la pastorale à travers l’Europe du sud


1998  Voyage “ pastoral ” du Maroc à la Grèce  
Réalise des prises de son pour RFI et l’émission radio fréquence Terre
Auditeur libre aux séminaires de Philosophie
et esthétique de Michel Guérin. (Université Aix Marseille)

1999   Participe à la réalisation de la carte archéologique des épaves antiques
de Camargue en tant que plongeur photographe pour la D.R.A.S.S.M.
(Délégation Régionale Archéologique Sous Marine)
de Marseille sous la direction scientifique de Luc Long.
Réalisation de chansons pour les groupe
Fatch d’eux (accordéon guitare) et sortie de leur premier CD.

2000  Séjour en Afrique du sud pour les championnats du monde de tonte de mouton.

2001  Séjours en Allemagne, reportages pour la presse quotidienne régionaleet agence de communication de la région Provence.
Reportages en montagne pour le groupe Perrier Vittel France.


2002  Préparation de la maquette du livre et CD sur le monde pastoral
(scan, mise en page, écriture et ordonnancements des histoires  écrites et sonores,   recherche des titres et sous titre).
Reportages pour le Conseil Régionnal PACA, le Nouvel Observateur...    Reportages et portraits sonores pour la Radio des Suds en Arles à      l’occasion de la semaine de festival des suds (festival des musiques    du monde)

2003  Préparation du concours de la Villa Médicis à Rome sur le thème
«frontière entre monde rural et urbain»
Préparation de l’exposition photographique sur les bergers d’Europe à     Rhodes (Grèce)avec le soutient de la Fondation Marc de       Montalembert.

Prix et nomination

Lauréat Défi Jeune coup de pouce Europe 96
et Midi-Pyrénées 95

Nominé au Prix Hachette du jeune reporter photographe 98
au Prix Kodak de la critique photographique 97
au Prix Leïca (R.I.P. Arles 98 )

Lauréat de la Fondation de France – Prix Marc de Montalembert 99
Bourse Publicis Bleustein Blanchet 98


Expositions

Toulouse, Galerie EDF Bazacle, mai 96

Paris, Galerie Claude Samuel – organisé par Kodak, novembre 97

“ L’Odyssée Pastorale ”
Exposition itinérante organisée par l’institut Français d’Athènes dans le cadre du mois de la photographique (octobre 99 à septembre 2000).
• Athènes,
• Thessalonique,
• Ioannina,
• Larissa,
• Kalamata,
• Heraklion,
• Rhodes,

• Obernberg, kunst haus Galleri, (Autriche)

“ Traduire avec un T comme Transhumer ”
A l’occasion des Assises de la Traduction Européenne 2000
Arles, Espace Van Ghog

© Adam ~ 2009