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Le pastoralisme : recherches, archives, images


Photographie et transhumance, la collection Marcel Coen aux Archives municipales de Marseille
Responsable de l’action culturelle des Archives de Marseille

Les Archives de Marseille sont un des plus anciens centres d’archives de France, constitué au XIIIème siècle en même temps que la commune. De ce fait les fonds sur le Moyen Age sont importants et certaines séries presque ininterrompues comme celle des délibérations communales.

Actuellement les Archives abritent 11 km de documents ainsi qu’1 bibliothèque de 20 000 ouvrages spécialisée sur la Provence et les sciences annexes de l’Histoire.

Les documents pour la plupart sont entrés et entrent encor, par versements provenant des différents services municipaux. Ils concernent principalement la ville de Marseille..

Toutefois les Archives de Marseille ont une politique active pour faire entrer de nouveaux fonds « par voie extraordinaire », c’est à dire des achats et des dons. Ce sont des fonds d’origine privée (fonds des notaires, fonds de familles et d’entreprises). On y trouve des documents sur la Provence, mais aussi le reste de la France et du monde.

En février 2001 les Archives ont été transférées dans l’ancienne manufacture des tabacs du quartier de la Belle-de-Mai à Marseille.

Les fonds photographiques des Archives de Marseille représentent un peu plus de 45000 pièces datant de 1880 à nos jours.

Ils sont constitués de cartes postales, plaques de verre positives et négatives de différents formats (stéréo jusqu’ à 18x24 cm), de négatifs souples, de tirages photo.

Ce sont des fonds de photographes professionnels (Terris, Sciarli, Coen), mais aussi beaucoup d’amateurs (par exemple les photographes amateurs de la Société des Excursionnistes Marseillais). Ces derniers donnent accès à une information plus spontanée, souvent de l’ordre de la vie privée.

Les thèmes abordés sont très variés, il est impossible d’en faire la liste mais on peut donner quelques exemples  : vie privée (vie de famille, voyages, loisirs) ; vie économique (industries, urbanisme, transports) ; vie culturelle ; paysages et urbanisme.

Traitement et valorisation de la collection

Les images sont traitées pièces à pièces, puis les données (titre, date, auteur, description, indexation) sont intégrées dans un logiciel informatique.

Actuellement est en cours un programme de numérisation qui permettra aux lecteurs une consultation et une reproduction immédiates des documents sur un écran d’ordinateur.

La collection Marcel Coen

En 1995, la ville de Marseille, grâce à Benoit Coutancier, conservateur au département image et anthropologie des musées de Marseille, se porte acquéreur de la collection photographique de Marcel Coen dans son ensemble.

On peut donc suivre l’activité d’un photographe pendant près de 40 ans et la vie d’une ville et d’une région pendant ces mêmes années.

En 2000 le fonds a été transféré aux Archives, notre institution semblant mieux qualifiée pour traiter une collection aussi importante et complexe tant du point de vue du classement que de la conservation et de la communication au public.

Marcel Coen

Marcel Coen est né à Pau en février 1918, sa famille est d’origine juive séfarade.

C’est après la guerre en 1945 qu’il devient photographe.

Il est resté prisonnier 5 ans en Allemagne près de Stuttgart, dans un stalag. Lors des entretiens qu’il a réalisé avec Guillaume Lebaudy, il raconte que lors de son séjour dans le stalag il lit Giono et, avec un de ses compagnons originaire d’Aubagne, rêve de transhumance. Il se jure d’en faire une à son retour.

A la libération son frère le met en rapport avec Sam Levin, un photographe parisien qui avait un studio à Marseille.

Marcel Coen devient gérant du studio qui a vite décliné. A cette époque il est très proche du Théâtre du Galion d’or : il accueille certaines répétitions dans son studio et fait des photos pour la troupe ; il photographie le réalisateur R. Allio, alors décorateur.

Marcel Coen réalise ensuite des reportages sur des thèmes variés pour des magasines comme Détective, Paris Match, V Magazine. C’est à V magazine qu’il rencontre un journaliste anglais, Maurice Moyal établi à Marseille. Et c’est avec lui qu’il accomplit le reportage sur la transhumance en 1951. Ce reportage sera publié dans la revue américaine The National Géographic Magazine.

Entre 1952 et 1954 Marcel Coen est à Paris puis à Rome, il est photographe de plateau aux studios de Boulogne Billancourt puis de Cinecittà.

En 1954 il revient à Marseille où il ouvre un magasin aux allées L. Gambetta. Il travaille pour la bourgeoisie marseillaise et devient le photographe officiel de la Shell.

Dans les années 70, dans son studio de la rue Neuve Sainte Catherine il fait des photos publicitaires.

Mais Marcel Coen aime les plantes et la nature. Il passe ses dimanches à la photographier.

Avant la guerre il marchait avec les Excursionnistes Marseillais dans les environs de Marseille et plusieurs reportages de sa collection sont axés sur le paysage, par exemple, la Camargue, qu’il a été un des premiers à photographier.

A la fin des 70 il commence ses photographies de botanique.

En 1995, il cesse son activité.

Le fonds Coen aux Archives municipales

Un récolement a été entrepris à l’arrivée du fonds, avant de le traiter de façon détaillée.

on a pu distinguer 4 grands ensembles :

1- des négatifs

2- des contacts

3- des ektas de différents formats : 24x36, 6x6, 6x7, 4x5’’

4- des tirages

A cela s’ajoutent deux répertoires chronologiques et des répertoires clients et diverses listes.

Les négatifs

La plus grande partie de ces négatifs sont placés sous enveloppes par reportages. Le numéro du reportage et le nom du client ou de l’entreprise sont portés sur l’enveloppe.

Ils sont classés chronologiquement

Marcel Coen a extrait de ce classement chronologique homogène au départ, des reportages par thèmes qui correspondent à ses plus gros clients ou à des sujets de prédilection : identités (boites 4 à 7), Shell Berre, Citra (la Cie industrielle des travaux), reproductions, animaux, stars, Alcazar, Cadarache, paysages.

Les contacts

Ces contacts qui étaient l’intermédiaire de travail entre Marcel Coen et son client, se présentent sous plusieurs formes :

- en planches,

- découpés vues à vues et montés sur support cartonné

- en album (mariages)

Parfois y sont mêlés des négatifs (agrafés) et des tirages. Mais aussi des correspondances avec le client qui nous seront utiles du point de vue documentaire.

Dans le dossier sur la compagnie théâtrale le Galion d’or dirigée par André Rosch, il y a également des programmes, des publicités ou annonces de pièces dédicacées.

Ces contacts sont classés par thèmes et ne portent aucune indication Lors du classement du fonds il va falloir établir la correspondance avec les négatifs.

Les ektas

Les diapos (ekta 24x36) sont conditionnées soit sous feuillets d’album en plastique de mauvaise qualité, soit en boite. Certaines boites portent des identifications globales sur des étiquettes. Par contre les diapos placées sous feuillets n’ont aucune identification.

Les thèmes abordés sont ceux des reportages habituels (Marseille, Provence, animaux, gardians, Camargue, port autonome, ...). Mais aussi des thèmes plus inhabituels tels que l’étranger (Lichtenstein, Saint-Marin), gymnastes, cirque, corrida.

Les tirages sont de plusieurs formats, ce sont des tirages de lecture ou d’expositions.

Les thèmes abordés par Marcel Coen et ses gros clients

Shell Berre

Citra

Prior

Chambre de commerce

Cadarache

Publimo

- Entreprises diverses (construction, locaux, travaux, machines et outils, animations, événements, ...)

- Chantiers, urbanisme

- Fêtes et animations d’institutions

- mariages

- identités/portraits

- Compagnies théâtrales

- paysages de la Provence et thèmes provençaux (truffe, santons, gardians, ...)

- Reportages pour revues des revues comme Détective ou Marseille Magazine (c’est le cas d’un reportage particulièrement précieux sur la salle de spectacles de L’Alcazar à Marseille, aujourd’hui entièrement détruite)

- peintres et artistes

- Animaux et insectes

- mode

- événements

- monuments

Ce fonds qui n’est pas encore classé peut être mis à la disposition des chercheurs en consultation restreinte. Comme ce fut le cas pour Patrick Fabre et Guillaume Lebaudy qui travaillaient tous les deux sur le pastoralisme et étaient très intéressés par le reportage réalisé en 1951sur la transhumance.

Le reportage de Marcel Coen sur la transhumance de 1951

Il se compose d’environ 500 images, prises durant 17 jours entre St Martin de Crau et les alpages du Camp des Fourches, à la frontière italienne, dans la Haute-Tinée où est conduit le troupeau des frères Jean et François Chemin qui compte 2000 bêtes.

Ces images se présentent sous plusieurs formes :

- négatifs 6X6 qui ne sont ni numérotés ni identifiés

- planches contact (qui ne sont pas non plus identifiées et collées dans le désordre)

- tirages d’expositions de divers formats que le photographe avait réalisés pour une exposition à Reillane en 1977 qui ensuite a été montrée à la fête des bergers à Istres.

Les images ont été publiées dans plusieurs ouvrages, à commencer par celui de Marie Mauron en 1952.

La qualité de ces photos outre le talent de Marcel Coen vient du fait qu’elles ont été prises en empathie totale avec les transhumants. Tout au long du parcours (270 km), le photographe marche avec les bergers, dort comme eux à même le sol et prend même lorsque cela est nécessaire son tour de garde auprès du troupeau.

De plus, il est peu courant pour cette période de trouver des images couvrant un trajet tout entier.

Ce reportage est par ailleurs exceptionnel dans la façon dont il est documenté :

l’auteur est toujours vivant et a une excellente mémoire. Il a gardé un souvenir très fort de cette aventure qu’il qualifie lui-même d’un de ses meilleurs souvenirs de photographe. Cela a permis a Guillaume Lebaudy d’identifier la quasi totalité des images et de les remettre dans l’ordre chronologique.

le texte de Maurice Moyal constitue un complément précieux des images puisqu’il suit au jour le jour le déplacement du troupeau

d’autres sources permettent de documenter ce fonds : le carnet de la transhumance conservé dans les archives de la famille Chemin à laquelle appartenait le troupeau

enfin de nombreux informateurs : Aimé Chemin, le fils de Jean Chemin entrepreneur de la transhumance de 1951, Bernard Cesano, neveu de Simon qui participa à cette transhumance, Jean Bruna, le troupeau de son père suivait celui des Chemins etc.

Des séries d’entretiens avec ces informateurs ont permis d’identifier précisément les lieux, les scènes et personnages apparaissant sur les images et de croiser les informations.

L’intérêt nous est donc très tôt apparu de valoriser le travail du photographe et de l’ethnologue

Par une exposition et une publication.

L’exposition sur la transhumance

L’exposition est présentée actuellement aux Archives de Marseille jusqu’au 31 juillet 2001, ensuite elle poursuivra sa route comme nous l’espérons à travers des musées et des lieux d’exposition intéressés par ce sujet.

Elle est réalisée en partenariat avec la maison de la transhumance.

Les reportages de Marcel Coen et Maurice Moyal sont à mille lieues de l’image folklorique de la Provence pastorale et cette exposition a pour but non pas de conforter une image idyllique de la transhumance mais de présenter le dur travail du berger, comparable à celui du mineur.

Un autre thème intéressant se dégage du reportage et de l’étude : les connivences culturelles entre les régions de Provence et du Piémont d’où viennent la moitié de l’équipage.

Une centaine de tirages sont présentés, sélectionnés en accord avec le photographe pour leur intérêt documentaire et leur valeur esthétique. Ont été écartés du choix les images mal ou peu documentées ou les négatifs en trop mauvais état (ce qui est rare). En revanche les images contenant des indications topographiques évidentes (par ex plaques d’entrée ou sorties de villages) ont été sélectionnées de façon à donner au visiteur des repaires précis sur la progression du troupeau. Une carte verticale du parcours à grande échelle leur permet de bien visualiser celui-ci et les étapes qui l’ont ponctuées.

Le parcours est celui de la transhumance : on part de la Crau et l’on progresse lentement vers les alpages. La progression est interrompue par des images de haltes et de soins donnés aux bêtes.

Les images sont rapprochées de documents d’archives, comme le carnet de bord des frères Chemin, de livres sur le pastoralisme dans lesquels ont été publiées les images de Marcel Coen et d’objets liés à la transhumance, sonnailles, bâtons de bergers, chaussures cloutées etc.

Les entretiens enregistrés seront restitués dans des bornes audio qui ponctuent l’exposition et par une sonorisation d’ambiance.

Un cdrom réalisé par deux stagiaires en DESS multimédia à l’Ecole des Mines d’Alès, JJ Rodriguez et Eve Pical, permet de montrer d’autres images que celles de l’exposition et d’aborder des thèmes transversaux comme le sommeil, l’équipement des bergers, les chiens, les soins donnés aux bêtes.

Ce Cd rom offre deux entrées possibles : la transhumance de 1951 et la transhumance aujourd’hui avec des images en couleur.

La transhumance de 1951 est ponctuée de 14 étapes. A chacune d’elle l’utilisateur peut visualiser 5 ou 6 images avec les notices qui s’y rapportent et choisir d’approfondir ses connaissances dans 2 ou 3 thèmes.

Un glossaire et une bibliographie permettent à ceux qui le souhaitent d’approfondir leurs connaissances.

Le Cd rom n’est pas commercialisé, pour l’instant mais en libre accès sur une borne dans le parcours de l’exposition.

Enfin une projection video montée en boucle présente un film tourné par Jean Mascaux en 1959 et intitulé Gens de Provence. Ce film montre la transhumance d’un troupeau depuis la Camargue Jusque dans l’Ubaye, sur un parcours presque équivalent à celui qui nous occupe.

L’exposition est accompagnée d’un catalogue, coédité en partenariat entre la maison de la transhumance et Images en Manœuvre Editions, maison d’édition marseillaise qui s’est spécialisée dans l’édition photographique.

Le parti a été pris de montrer les images de 1951, mais aussi de publier les images des mêmes lieux aujourd’hui. Les photographies sont accompagnées de textes de G. Lebaudy, Patrick Fabre, Alain Paire Isabelle Langlade .

Ce travail est un exemple réussi d’une collaboration fructueuse entre les Archives et la recherche universitaire, dont le résultat est une exposition mais aussi le légendage du corpus photographique qui sans l’aide de Guillaume Lebaudy et Marcel Coen aurait été pour les archivistes néophytes sur le sujet, assez difficile.

Nous espérons donc réitérer cette expérience avec d’autres chercheurs qui seraient intéressés par d’autres reportages contenu dans cette si riche collection.

 

Photographies de Marcel Coen

 

© Adam ~ 2009